92. Quatre vingt-douze personnes. Des hommes, qui occupent des fonctions professionnelles que plus personne ne daigne occuper. Des femmes, des mamans, des futures mamans. Et des enfants. Une vingtaine. Français pour la plupart. Ces personnes vivent Place de la Fraternité à La Courneuve depuis un an. Enfin survivent car, depuis qu’elles ont été expulsées de leurs logements de la Barre Balzac, ces familles vivent sous des tentes. En 2011, en France, cinquième puissance mondiale, des familles sont traitées comme des sous-hommes. Cette petite fille qui baisse son pantalon rose pour uriner. Devant tout le monde. Comme un chien. Cette maman qui cuisine dans une marmite posée dans un carton pour éviter autant que possible tout accident. Un accident qui pourrait pourtant si vite arriver. En même temps, ce ne serait pas grave. Un accident pourrait être la solution. La première tente brûlerait, puis la seconde, les tapis déposés en tas à même le sol permettraient une propagation plus rapide, et puis les peluches des enfants…Le maire Gilles Poux viendrait pleurer sur ces victimes. Et puis dirait sans doute que c’est la faute à pas de chance. Un peu comme Boulevard Auriol. Fermez les yeux. Imaginez ces 92 personnes. Imaginez les Blanches, “françaises de souche”, on laisserait passer une telle chose ? Pas si sûr. Mais ce ne sont que des Noirs. La pauvreté ? La précarité ? L’insalubrité ? Ils connaissent, ils y sont habitués, peut-être même aiment-ils ça ? Donc pourquoi vouloir les aider ? Alors on passe à côté tous les jours sans voir qu’au lieu de jouer dans leur chambre ou dans un jardin, les enfants (sur)vivent leurs premières années dehors. Que des femmes et des hommes mangent, dorment dehors. Tout ça, en France, en 2011. Mais ce ne sont que des Noirs.