Sans squat fixe
Boulogne-Billancourt, jeudi 19 janvier. Alors que le candidat Claude Guéant s’apprête à tenir un discours aux acteurs économiques de la communauté d’agglomération boulonnaise, un squat est évacué. Sur ordre de la mairie UMP, plusieurs dizaines d’agents de police délogent les personnes installées dans un bâtiment municipal situé rue Liot, “abandonné depuis plusieurs mois” selon Philippe Tellini, maire-adjoint en charge de la sécurité présent sur les lieux.
Tony, jeune américain au visage enfantin et aux traits tirés, a l’air dérouté par la situation. Il téléphone, réfléchit, ramasse ses affaires. Un four, un fauteuil en mousse, un matelas, un tapis, une guitare sont déposés sur une bâche au sol. Il bredouille quelques mots dans un français très correct. “Les policiers nous ont réveillés à 14 heures et nous ont demandé de partir”, raconte-t-il. “Mais ils sont gentils”, ajoute-t-il en souriant, alors que les représentants des forces de l’ordre écoutent. Avec Tom et quatre autres personnes, ils vivaient dans ces lieux depuis le 27 décembre 2011 selon leurs dires. Depuis moins de 24 heures d’après la police et le maire-adjoint, qui déclare avoir besoin de ce bâtiment “afin d’accueillir des fonctionnaires à l’étroit dans la mairie principale”.
Une histoire, deux versions
Tony et ses amis racontent être entrés sans effraction dans l’immeuble fin décembre 2011. A la recherche d’un lieu où vivre, ils avaient repéré cet ancien Centre d’information et d’orientation du ministère de l’Education. “La mairie a envoyé un professionnel mercredi 18 décembre 2011 afin de sécuriser le bâtiment qui lui appartient, il n’y avait personne à ce moment”, détaille M.Tellini. “Le lendemain, il était occupé. La mairie a prévu d’y réaliser des travaux dans les mois à venir (électricité, câblage, menuiserie) afin d’accueillir des fonctionnaires. Nous devions donc l’évacuer.” Sans mandat, ni commission, précisent les jeunes sans domicile et leurs amis venus les soutenir dans le calme, et les aider à rassembler leurs affaires. “La police n’avait pas à présenter de commission puisque les lieux étaient occupés depuis moins de 48 heures”, se défend M.Tellini. “Nous sommes là depuis fin décembre et avons des preuves, comme une demande d’abonnement à un fournisseur d’accès internet”, répètent Tony et ses compagnons de fortune. Des preuves qu’ils disent avoir rangé dans leurs affaires, en tas sur le trottoir, sous une pluie fine.
“Nous ne pouvons accueillir toutes les personnes mal logées d’Ile-de-France”
“Ils affirment être ici depuis fin décembre, évoquent des factures mais n’ont rien présenté”, précise M.Tellini. “Faire évacuer des jeunes sans domicile est la pire mission qu’un élu ait à accomplir. Ils ont l’âge de mes enfants, c’est difficile, mais nous ne pouvons accueillir toutes les personnes mal logées d’Ile-de-France.”
Boulogne-Billancourt, l’une des villes les plus riches de France, ne peut pas loger tout le monde ? Alors quelle est la solution, en plein hiver et à la tombée de la nuit ? Chercher un squat. Un autre squat, bien plus grand et spacieux, a ouvert ses portes à Tony et ses amis, pour quelques jours. “Un ancien hôtel particulier de 1500 m²”, raconte Axel, porte-parole du Collectif Boubou.
Située avenue Robert Schuman, la bâtisse est impressionnante. “Vous voulez visiter ?” me dit-il “Voir comment on vit dans un squat ? Venez avec moi”.
A suivre…