Com’ du candidat Sarkozy : naufrage à tribord
“Oh purée” fut ma première réaction en découvrant l’affiche de campagne de Nicolas Sarkozy tard hier soir. (Oui, il est candidat). Il s’agissait là d’une réaction de journaliste, habituée à analyser des campagnes de pub. Et dans ce cas, il y a vraiment de quoi faire.
Entre la carte postale, la photo de vacances et le naufrage
Etudions ensemble (et rapidement) cette création pour le moins décevante et manquant d’originalité, qui n’a pas été proposée gratuitement par le générateur de Slate.fr mais par des publicitaires.
- En toile de fond de cette affiche, la mer. Choix délicat - non seulement parce qu’il ne s’agit pas d’une photo de vacances - mais surtout à cause du naufrage du Concordia, survenu il y a quelques semaines. C’est d’ailleurs à ce terrible accident que beaucoup ont pensé lorsque le président-candidat déclarait hier qu’un capitaine ne pouvait abandonner son bateau pour justifier sa candidature. Manifestement la métaphore était mal choisie.
- Sur cette affiche, Nicolas Sarkozy est tourné vers la droite, symbole de l’avenir (et de l’extrême-droite disent certains, faisant allusion à la direction prise par sa campagne). Quoi qu’il en soit, l’actuel président ne pouvait pas apparaître de face : son bilan n’étant pas à la hauteur des engagements pris en 2007, il ne devait pas regarder la réalité en face ou défier les Français de son regard comme il y a 5 ans (vous noterez la présence de l’oiseau qui n’a pas annoncé le printemps et qui a disparu de la nouvelle affiche, alors que finalement, c’est plus sur celle-là qu’une mouette aurait eu sa place, histoire qu’elle ressemble vraiment à une carte postale.)
- Le visuel présente un homme évidemment plus âgé qu’il y a cinq ans, les rides sont marquées, les cheveux blancs moins dissimulés, preuves de sa maturité ? Pas certain : ce soir, une attitude plus humble lors de son premier meeting aurait été un signe de maturité, le président n’a pas su en faire preuve. Et sa déclaration de candidature en manquait aussi cruellement. Nicolas Sarkozy feint l’apaisement en optant pour un sourire esquissé et un regard au loin. Mais il n’y parvient pas : ce n’est pas ce qui ressort de cette photo.
- Enfin, alors que Nicolas Sarkozy vante “le made in France” (et se présente pour rester président du pays) ce n’est pas sur une de nos belles plages qu’il pose mais en Grèce. Inutile de rappeler la situation dramatique dans laquelle le pays est plongé, revenons simplement sur le fait que Nicolas Sarkozy apparaît devant la mer Egée, nommée ainsi, selon la légende, en hommage au Roi du même nom qui s’y serait suicidé. Encore un symbole…Et quel symbole !
(La Grèce est aussi l’un des pays d’origine de Nicolas Sarkozy, un pays qu’il “aime” a-t-il rappelé aujourd’hui lors de son premier meeting de campagne.)
C’est sûr, les agences de pub, grassement payées pour cette campagne, sont passées à côté du résultat escompté. Et les médias ne se sont pas gênés pour relever chaque défaut, aidés par des personnes très inspirées à en juger le nombre de parodies !
Des médias à l’abordage
Dès la divulgation des premières infos, les journalistes ont scruté chaque élément de la campagne pour pointer ses erreurs, aidés par les archives d’Internet et les réseaux sociaux. Le slogan ? Signé Jean-Michel Goudard, Euro RSCG (l’un des fondateurs de l’agence) mais aussi inspiré par celui de Valéry Giscard d’Estaing et un autre de Jacques Chirac . Il plagierait (volerait?) même la communicante Laurence Heriot. Et la liste est encore longue…
Conclusion, une campagne de com’ surprenante, où les manquements et erreurs de jugement de la part des agences de pubs et conseillers se succèdent. Inutile de rappeler le rôle et l’importance de la communication et du marketing pour les politiques, surtout en période électorale, où tout doit être calibré. Ce n’est visiblement pas le cas. Un véritable naufrage pour le capitaine Sarkozy et ses équipes, sous l’oeil attentif des médias qui ont en deux jours décridibilisé cette campagne mise en place sans doute sur plusieurs mois.
Mais que les citoyens ne se noient pas dans ces détails et considérations, l’essentiel est ailleurs. Dans les discours et propositions du candidat-président.
PS : Je profite de ce billet pour rendre un hommage à Christian Blachas, avec qui j’ai eu le plaisir de travailler. C’est notamment grâce à Culture Pub, CB News et Stratégies que j’ai appris à décortiquer les affiches de pub, les messages, les campagnes de com, le travail des médias bref à mieux comprendre ces univers. J’ai eu le privilège de collaborer avec lui pendant plus d’un an chez CB News et la chance d’appronfondir mes connaissances à son contact. C’était un homme brillant, pétillant, ouvert au dialogue, d’une très grande générosité, extrêmement attaché à l’indépendance journalistique et d’une immense gentillesse. MERCI à lui pour tout ce qu’il nous a transmis.