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Pluie de pierres sur Le Caire

Aujourd’hui, nous sommes vendredi. Comme presque chaque vendredi depuis le début de la révolution égyptienne en 2011, c’est jour de manifestations. Après la prière hebdomadaire, on proteste, se réunit, on discute. Et on se bat.

Pro-Morsi et anti-Morsi

15 heures 30, la place Tahrir est vide. L’atmosphère, pesante. Tahrir n’est plus ce qu’elle était et ce, depuis longtemps. On ne s’y sent pas en sécurité. C’était étonnamment le cas en novembre 2011. Déjà beaucoup moins au printemps 2012. Et encore moins l’été suivant. Très peu de voitures circulent aux abords de la place alors que la circulation n’est pas bloquée. Au loin, une épaisse fumée noire. Un bus des Frères musulmans a été incendié. La confrérie a appelé à se réunir devant la Cour suprême afin de réclamer une refonte du système judiciaire. Des partis et groupes se sont associés à la démarche - pas Al Nour. Dans le même temps, d’autres protestent pour exprimer leur mécontentement vis-à-vis de la politique du président élu en juin dernier.

16 heures 30. Si la place est vide, c’est peut-être parce que la foule est rassemblée devant le pont du 6 octobre, près du Musée égyptien situé à quelques pas de la place Tahrir. C’est en tout cas ce que montrent les images diffusées en direct sur les écrans de télévision. Ca a l’air agité. En chemin, une femme m’interpelle : “N’y va pas.” Plus loin, un homme d’une cinquantaine d’années semble déconcerté. Perdu. Et pour cause : sur le pont du 6 octobre, des hommes lancent des pierres sur ceux sous le pont. Qui leur rendent la pareille. Scène irréelle. Il pleut des pierres. Sur la place, on pouvait trouver beaucoup de pierres alors qu’il n’y en avait pas mercredi. Inutile de se demander pourquoi désormais. Des hommes cassent les trottoirs pour avoir plus de munitions. Des femmes, des enfants, des adolescents les tiennent dans la paume de leur main. Le camp des anti-Morsi se trouve sur la place Abdel Moneim Riad. Des jeunes, des enfants qui tiennent des barres de fer presque aussi grandes qu’eux, des femmes - peu. Des personnes qui ont dissimulé leur visage. Des “Black blocs”. Deux hommes qui tiennent un Coran, une croix et le portrait du président Nasser. Ils sont stoïques, face aux jets de pierres envoyés par les partisans des Frères depuis le pont. Comme si elles ne pouvaient pas les atteindre. Un homme déconcerté crie : “Ce sont nos jeunes !”. “Les Frères sont des chiens”, hurle un autre en partant, alors que des tirs retentissent et que tout le monde se met à courir.

Egyptiens contre Egyptiens

Tirs. Molotov. Armes artisanales. Un jeune homme boîte. Un autre saigne au niveau du visage. Un mouchoir ensanglanté abandonné sur le sol témoigne d’une blessure. Une jeune femme au foulard rose pleure, visiblement très choquée. Elle est isolée dans une ruelle et entourée par un groupe de femmes, sous le regard bienveillant d’hommes qui les protègent. Encore des blessés. Le chaos. Contrairement aux scènes de 2011, ce ne sont plus les Egyptiens contre l’armée ou la police, mais des Egyptiens contre d’autres Egyptiens. Des pro-Morsi contre des anti-Morsi.

Les pierres pleuvent encore. On casse de nouveau un trottoir pour se ravitailler. Nouveau mouvement de foule. On court encore vers la place Tahrir pour se protéger. Mais beaucoup plus vite cette fois. Les tirs sont plus puissants, plus proches. Et aux tirs s’ajoutent les gaz lacrymogènes. Une heure après le début des heurts, la police est finalement arrivée. Bruit sourd. ”Courez, courez vite !”, ordonnent des jeunes hommes alors qu’une lacrymo a été balancée à terre, tout près. Une épaisse fumée blanche s’en dégage. Tout le monde s’enfuit. Un homme s’évanouit près du chantier du futur hôtel Ritz Carlton, derrière Tahrir. Amr lui appuie sur la poitrine, prie : ”Bismillah al Rahmane al Rahim”. L’homme vomit. Plus loin, une autre flaque de vomi. Un enfant avance lentement. Ses yeux pleurent. C’est à se demander ce qu’il fait là. Il est très sale, très jeune mais se conduit comme un grand. “Ca va mon chéri ?”, “Oui, je vais bien al hamdulillah”, répond-il d’une voix assuré alors qu’il semble perdu. Un homme verse de l’eau sur des mouchoirs qu’il tend pour que l’on s’essuie les visages. C’est évidemment insuffisant.

Un vendredi au Caire

On tousse, on tousse beaucoup. On suffoque. On pleure. On a la gorge nouée. Et on vomit encore. Les gaz sont forts (depuis le début, je ne peux m’empêcher de penser à Barack Obama). On tousse plusieurs heures après les avoir inhalés. Un homme au visage particulièrement abîmé et plein de sang est encerclé par des journalistes. Au bout de quelques mètres, il perd ses nerfs. Il veut que ces photographes le lâchent. Il est rapatrié sur une moto.

17 heures 30. La place Tahrir est toujours aussi vide. La marche qui devait arriver de Shubra ne viendra pas. Trop risqué. Une femme, des hommes et des enfants frappent sur les voitures qui essaient d’y circuler. Très violemment. Elles font demi-tour. Sur la place aussi, on sent l’odeur des gaz lacrymogènes. Tout comme dans la station de métro Sadat. Amr raconte sa lassitude. Mais avec le sourire et des yeux verts pleins de fierté et de confiance. Même s’il rêve lui aussi d’exil.

18 heures 30. Les heurts continuent sur le pont et en contrebas. Des Egyptiens y assistent, accoudés sur un pont qui surplombe les lieux. Comme à un spectacle.

Ce soir, on compte les blessés. Il y en a au moins quatre-vingt six. On regarde des vidéos montrant les partisans des Frères et leurs opposants utiliser des armes à feu et se tirer les uns sur les autres. Les pierres ne suffisent plus. Et on s’inquiète pour une capitale, un pays, tourmentés par ces manifestations qui n’en finissent plus. Un vendredi ordinaire au Caire.

 https://soundcloud.com/wardamohamed/retour-tahrir

 

 

 

Egypte : la partie d’échec continue

Alors que personne ne s’attendait à une décision majeure durant ramadan, Mohamed Morsi a limogé le Maréchal Tantaoui, chef du Conseil suprême des forces armées (CSFA) et ministre de la Défense de 1991 à ce jour.

Les confrontations entre le président Morsi, premier civil démocratiquement élu et l’armée, au pouvoir depuis l’avènement de la République en 1952, se sont succédées depuis son investiture.
Coup de théâtre ce dimanche 12 août : M.Morsi a mis à la retraite le maréchal Tantaoui, 76 ans, ministre de la Défense de Moubarak et de l’actuel gouvernement, et Sami Enan, 64 ans, chef d’état-major de l’armée et numéro deux du CSFA (ainsi que d’autres chefs des armées). Un décret présidentiel a dans le même temps annulé la déclaration constitutionnelle émise par le CSFA en juin pour élargir ses prérogatives, déjà considérables. Il stipule également que M.Morsi peut légiférer, dissoudre la commission constituante et en nommer une nouvelle, selon certaines conditions.

Tantaoui, symbole de l’ancien régime
Mohamed Hussein Tantaoui, ministre de Moubarak de 1991 à 2011, a assuré la transition après la démission du raïs. Durant des mois, les manifestants de Tahrir exigeaient son départ, son exécution et que justice soit rendue. Pourtant, la nomination de Tantaoui et Enan comme conseillers présidentiels devrait leur épargner toute poursuite judiciaire. Ce que Luca, 26 ans, dénonce, soupçonnant un “deal” entre le président et l’armée. “C’est comme si Tantaoui n’avait tué personne”, lance-t-il. Mostafa, 28 ans, est satisfait de voir le président agir mais “attend la suite”.

Alors que des milliers de personnes étaient place Tahrir hier soir, le président s’est adressé au pays. “Je veux que les militaires se consacrent à la protection de la nation”, a-t-il affirmé. Avant d’ajouter avoir pris cette décision “en coordination et après des consultations avec les forces armées” et “n’avoir voulu viser personne.” Ces bouleversements interviennent alors qu’une démonstration de force de l’armée est en cours dans le Sinaï. M.Morsi veut y reprendre le pouvoir après l’attaque qui a causé la mort de seize gardes-frontières égyptiens le 5 août dernier.

Echec et mat ?
En théorie, le président cumule désormais tous les pouvoirs. Mais Alain Gresh tempère : « Il est loin de représenter une majorité et fait face à un lourd appareil administratif. La situation est donc ambiguë et l’Egypte, située dans une zone de conflits, ne peut se passer d’une armée puissante. »

Asmaa, une Egyptienne de 59 ans, avait déclaré avec flegme le jour de sa nomination dans le gouvernement Qandil que “seule la mort pourrait débarrasser l’Egypte de Tantaoui.” Mohamed Morsi en était manifestement lui aussi capable. Cependant, la partie est loin d’être terminée entre l’armée et le président.

Version modifiée publiée par le quotidien Ouest France, dans son édition du 14 août 2012.

Inter treize

Reportages pour Radio France (France info, France inter et France culture) au Caire, en juillet 2012.

Egypte, dimanche 24 juin 2012

24 juin 2012. Jour historique en Egypte. Pour la première fois de son Histoire, le pays a vu accéder au pouvoir un président élu lors d’un scrutin démocratique. Récit de cette journée pas comme les autres.

En principe, la semaine débute le dimanche en Egypte, calendrier musulman oblige. Pourtant, les rues du Caire sont calmes aujourd’hui. Presque autant que le vendredi à l’heure de la grande prière hebdomadaire. Mais avec une atmosphère pesante et électrique. C’est à 15 heures que la commission électorale doit dévoiler le nom du nouveau président égyptien. Certes, ce sont les militaires qui dirigent le pays depuis la chute du président Moubarak, mais la nouvelle est déterminante et aura une influence évidente sur la suite des événements. Et c’est bien sûr place Tahrir que des milliers de Cairotes sont réunis pour l’occasion.

Décompte et annonce à Tahrir
14H40. Place Tahrir, c’est sous un soleil de plomb et une température d’environ 40° que des milliers d’Egyptiens se sont donné rendez-vous pour découvrir qui succèdera à Hosni Moubarak, qui a dirigé le pays d’une main de fer durant presque trente ans. Cette fois, le président a été démocratiquement élu. Oui, il y a eu des fraudes mais au moins, grâce à leur révolution, les Egyptiens ont empêché l’accession au pouvoir de Gamal Moubarak, fils du Pharaon. Et ça, ils en sont plutôt fiers.
C’est à 15 heures que la commission électorale est censée révéler le nom du président. Censée, parce qu’après tous les rebondissements de ces derniers temps et le précédent report, rien n’est garanti. Depuis dimanche, l’annonce de l’incroyable face-à-face du second tour entre Ahmed Shafiq, le dernier Premier ministre de Moubarak, « feloul en chef » (« collabo »), fidèle parmi les fidèles de l’ancien dirigeant, «assassin » corrompu et Mohamed Morsi, candidat « roue de secours » de la confrérie des Frères musulmans, islamiste, président du Parti de la Justice et de la Liberté (qui a enchaîné les erreurs et manquements depuis le début de la révolution) et les très nombreux rebondissements, les Egyptiens sont passés par tous les stades. Etonnement, peur, inquiétude, stress, lassitude, angoisse, joie et exultation (pour les partisans des Frères) et impatience. Il va pourtant falloir attendre encore un peu pour le dénouement.
15H09. Toujours rien. Les hommes et femmes ont les yeux rivés sur leur téléphone, twitter, facebook et discutent calmement. Même s’ils sont sur le point de craquer. D’autres écoutent une petite radio. Les marchands ambulants, comme à leur habitude, proposent des boissons, du maïs grillé, des casquettes et des ombrelles. Business is business. Le soleil brûle, tape violemment, la chaleur est insoutenable. Surtout parmi une telle la foule. Aucun nuage à l’horizon. Et l’annonce se fait attendre. Rien d’étonnant : la ponctualité n’est pas forcément le fort des Egyptiens. Mais là, ils espéraient peut-être une exception. Sous une tente, des jeunes d’un peu moins de vingt ans, tirent nerveusement sur leurs cigarettes. Le pays est en suspens. Les boutiques, banques et restaurants ont décidé de fermer leurs portes plus tôt. Personne ne peut dire ce qu’il adviendra si Shafiq est élu mais envisage le pire. Une très violente répression de toute manifestation. La présence massive de militaires, chars, cars de police et policiers partout dans la ville depuis quelques jours n’est pas bon signe. De fausses rumeurs courent : “Des types ont des armes à feu sur la place.” “La police est autorisée à tirer sur les manifestants.” Encore quelques minutes à tenir.
15H30. L’appel à la prière de l’après-midi retentit. C’est sûr, l’annonce n’est pas pour maintenant. Tahrir est calme. Des centaines de personnes prient, demandant sans doute à Allah de leur venir en aide. Sous le regard de leurs compatriotes.
15H40. Début de l’annonce. Un incroyable silence s’abat sur la place. Un silence véritablement stupéfiant, tellement inhabituel à Tahrir. Des milliers de personnes écoutent religieusement Farouk Sultan, le président de la commission électorale, et retiennent leur souffle. Elles ne sont pas au bout de leur peine : soucieux de prouver le sérieux de la commission, il énonce le détail des résultats des deux candidats. Au grand dam des Egyptiens, qui n’en peuvent plus d’attendre. Le temps semble s’être suspendu. Un homme s’énerve, grommelle, d’autres lui demandent de se taire. Un autre, vêtu d’une chemise jaune et essayant de protéger sa femme et sa fille du soleil, joue le chef d’orchestre, faisant de grands gestes à chaque fois que le président de la commission parle. Une femme en niqab noir marche, reste debout, puis s’assoit. Ses yeux en disent long sur son impatience. Une vendeuse de mouchoirs en abaya et foulard noirs, accompagnée de sa petite fille qui porte une robe violette sale et déchirée, ont cessé de proposer leur marchandise. En même temps, le dernier épisode de ce feuilleton ne pouvait décemment pas se passer autrement. Les scénaristes ont bien trop d’imagination. On dirait qu’il fait 45° sur la place. Des hommes aspergent un peu d’eau sur la foule, pour la soulager. L’heure est grave. Très grave. Tout peut basculer. Si Shafiq est désigné vainqueur, on ne donne pas cher de la peau des Egyptiens, surtout depuis que le Scaf a étendu ses pouvoirs, dissout le Parlement, rédigé la Constitution, et de nouveau autorisé l’arrestation de civils et leur jugement par des tribunaux militaires. « Ce n’est pas un dimanche normal. Je sens l’odeur du sang », m’a dit un Egyptien, avant de me dissuader d’aller sur la place. Morsi président n’est pas non plus une excellente nouvelle, mais « entre la peste et le choléra », comme ils disent…
16H28. Ahmed Shafiq a recueilli 48,27%, des voix soit 12 347 380 votes. Sur la place, on siffle ce résultat. Puis se tait.
16H30. On écoute toujours avec beaucoup d’attention la voix de Sultan, dont l’interminable discours est retransmis sur scène et sur la place. « Mohamed Morsi a obtenu 51, 73% des voix, 13 230 131 votes (Participation 51,58%) ». Le docteur Mohamed Morsi est le nouveau président de la République arabe d’Egypte. « Allah wa aqbar, Allah wa aqbar » lancent les partisans du candidat des Frères musulmans. Explosion de joie sur la place. Pétards dans le ciel. La terre pourrait presque trembler sous l’émotion des milliers de citoyens présents. Des hommes se prosternent et embrassent le sol. D’autres dansent, chantent, forment des rondes, sautent en l’air, crient, rient. On ne se connait pas mais s’embrasse chaleureusement. La petite fille à la robe violette tient la main de sa maman, elle se demande ce qui se passe. Sa mère pousse des youyous. Des hommes pleurent à chaudes larmes dans les bras d’inconnus. La délivrance. Le soulagement. La joie. Toutes ces émotions se lient sur les visages de ces hommes et femmes de tous les âges. Sur la place, tous les Egyptiens ne sont pas partisans de Morsi. Mais ils se réjouissent tous de la défaite de Shafiq, qui était au pouvoir au début de la révolution, quand des Egyptiens se faisaient massacrer par les autorités.

Les uns rient, les autres pleurent
Toute la soirée et jusque tard dans la nuit, la fête continue. Les Egyptiens sont ivres de joie. Imaginez les rues du Caire et Tahrir si le pays gagnait la Coupe du monde et organisait des centaines de mariages, baptêmes et l’Aïd en même temps. C’est encore mieux. Les femmes lancent des youyous, petits et grands le drapeau égyptien – et parfois syrien. Les voitures klaxonnent. La musique retentit. Les Ultras Ahlawy, qui ont payé cher leur engagement dans la révolution (74 morts à Port Saïd lors d’un match de foot), sont entourés de leurs fans rue Mohamed Mahmoud, et mettent une ambiance de folie avec leurs tambours et chants de supporters. Femmes, hommes, parents, enfants, jeunes,vieux, tous communient dans ce moment si particulier.
Evidemment, cette annonce ne réjouit pas tout le monde. Les supporters de Shafiq pleurent à son QG, les proches et soutiens de Moubarak sont dévastés, tout comme l’ex-raïs, dont la santé se serait encore détériorée à l’annonce de la victoire d’un islamiste. Des Coptes sont forcément inquiets. Pas tous, Atef, 55 ans est content. Installé devant son église, située derrière la mosquée Omar Maqaram, il dit avec le sourire : « Dieu aime tous les Egyptiens et que ce que les Egyptiens veulent, peu importe leur confession, c’est la démocratie ». Les laïcs, professionnels du tourisme et des milliers de révolutionnaires sont mornes. Mais au moins, ils savent que si le président est Morsi, le combat peut continuer. Ca n’aurait pas forcément été le cas avec Shafiq à la tête du pays.

Morsi, un président sans pouvoir
Jusqu’au dernier moment, Shafiq et Morsi revendiquaient la victoire. Leurs certitudes étaient relayées par les médias, particulièrement sévères et critiques à l’égard du candidat des Frères. Difficile de se défaire des vieilles habitudes, surtout quand les dirigeants des dits médias sont des « feloul ». Quoi qu’il en soit, si l’armée l’avait voulu, Shafiq aurait été désigné président, le nombre de voix n’était qu’un détail pour elle. Sa victoire aurait été un crachat au visage des révolutionnaires, une ultime insulte aux « martyrs » et à leurs familles, un violent signal à la population : « Nous dirigeons tout, vous ne pouvez rien contre nous, la révolution est morte » aurait été le message. L’Egypte aurait pu connaitre des heures terribles. Mais le CSFA (Conseil Suprême des Forces Armées) a opté pour le scénario inverse. Morsi, opposant de Moubarak – l’ex-président l’avait fait mettre en prison au début de la révolution, - a sans doute su négocier avec le CSFA et peut-être donné des gages suffisants. Il a donc conquis le pouvoir. Mais en apparence seulement. Car si Mohamed Morsi est bien le premier président démocratiquement élu, il n’est pour l’heure rien d’autre qu’un dirigeant sans pouvoir. Dans les faits, ce sont en réalité le CSFA et Tantawi qui contrôlent et dirigent le pays, et l’ont fait savoir dans la Constitution qu’ils ont rédigé. Morsi et les Frères musulmans disent aujourd’hui compter sur la mobilisation à Tahrir pour faire plier les militaires. La désignation du président n’était qu’une étape. Une étape nécessaire pour envisager la suite.

La révolution continue
Alors que l’Occident, visiblement peu au fait de ce qui se déroule en Egypte (ou juste aveuglé par sa peur des islamistes) se focalise sur la victoire d’un islamiste, la majorité des forces révolutionnaires et des citoyens attachés à la liberté disent que l’ennemi à abattre est l’armée et l’ancien régime. Des figures de la révolution, telles que Waël Ghonim et Alaa Al Aswany, entre autres, se sont alliées à Mohamed Morsi, dont chaque acte et décision sont scrutés par les citoyens, pour faire pression sur les forces armées. Selon plusieurs commentateurs, l’erreur majeure a été de laisser les militaires au pouvoir après la chute de Moubarak. Certes, la mobilisation était grande - en dépit de la violente répression - mais n’a pas suffi. Cette fois, ils ne cèderont pas. Ils l’ont promis. Et, une fois de plus, c’est notamment place Tahrir que se joue l’avenir de l’Egypte.


La place Tahrir, dimanche 12 juin 2012. Photo du reporter Jonathan Rashad.

Place Tahrir. 24 juin 2012. 16 heures. Mohamed Morsi vient de remporter la première élection présidentielle démocratique organisée depuis la chute d’Hosni Mubarak. Le “Pharaon” a régné pendant près de trente ans sur l’Egypte. Issu des Frères musulmans - mouvement “islamiste” longtemps persécuté, Mohamed Morsi devient le premier président civil du pays. 

Photo prise par le reporter italien Gilberto Mastromatteo (avec qui j’étais à ce moment-là).

Place Tahrir. 24 juin 2012. 16 heures. Mohamed Morsi vient de remporter la première élection présidentielle démocratique organisée depuis la chute d’Hosni Mubarak. Le “Pharaon” a régné pendant près de trente ans sur l’Egypte. Issu des Frères musulmans - mouvement “islamiste” longtemps persécuté, Mohamed Morsi devient le premier président civil du pays.

Photo prise par le reporter italien Gilberto Mastromatteo (avec qui j’étais à ce moment-là).